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DEFENSES TACTIQUES

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l'esprti du combat (Robert Paturel)

Publié le 21 Août 2015 par defenses-tactiques

L'ESPRIT DU COMBAT ( extrait)
AVANT-PROPOS

Voilà un demi-siècle que j'ai vu le jour. Pour la plupart, ces années ont été consacrées presque exclusivement à la pratique des sports de combat : trente-cinq années passées à traîner mes « savates » dans les salles de boxe tous les jours. J'en connais tous les recoins et même toutes les odeurs.

Il y a presque trente ans que j'enseigne la boxe française, mais aussi d'autres formes de combat. Très tôt j'ai eu le sentiment que la pratique d'une seule discipline ne permettait pas d'être efficace en combat, quel qu'il soit, ce qui m'a poussé à diversifier mes recherches. De nature curieuse, éclectique, j'ai à peu près tout essayé, avec plus ou moins de bonheur, et même si je n'ai que très peu connu certaines d'entre elles, j'en ai toujours tiré quelque chose.

Ce livre sans prétention est tout sauf un recueil de recettes permettant de sortir vainqueur demain d'un hypothétique combat. De recettes il n'y en a pas, ou plutôt il y en a trop : presque autant qu'il y a de styles ! Si je n'ai qu'un conseil à donner, ce sera celui-ci : ne jamais s'imaginer bien armé face au combat, sûr d'en savoir assez pour faire face à toute situation. Il n'y a qu'un maître-mot pour espérer sortir par le haut d'une confrontation : apprendre encore et toujours, s'entraîner comme un élève éternel. « On ne peut pas tout savoir, mais on doit savoir qu'on ne sait pas tout ». On doit savoir que le meilleur moyen de rester « dans la course » est encore de se remettre perpétuellement en question : les techniques de combat sont en permanente mutation.

Je ne suis sûr de rien, ou presque, mais je suis sûr d'une chose au moins : le combat est loin d'être une science exacte. Quelle que soit la discipline ou la tactique employée, il y a tellement de paramètres qui entrent en jeu que la technique proprement dite ne représente qu'un facteur de réussite parmi d'autres : elle est évidemment loin d'être négligeable, mais elle n'est en aucun cas déterminante à elle seule.
Des livres de qualité, il en existe déjà beaucoup sur toutes les disciplines, et je ne ressens pas le besoin d'y ajouter le mien. En revanche, il me paraît très intéressant d'aborder l'aspect « émotionnel » du combat, ce que l'on peut ressentir avant, pendant et après une confrontation.

Généraliste du combat depuis longtemps maintenant, je ne crois plus être en mesure de faire progresser un de nos athlètes en boxe française. Néanmoins, je ne manquerai pas, dans le corps de ce livre, de renvoyer souvent à cette merveilleuse discipline, car c'est quand même celle que je connais le mieux. Si Charlemont (le fondateur de la boxe, française) revenait sur terre aujourd'hui, il ne serait pas en mesure de transmettre quoi que ce soit à nos champions. En revanche, il pourrait découvrir peut-être certaines améliorations - améliorations qui n'ont été possibles, quoi qu'en disent les anciens, que dans la mesure où la boxe s'est frottée aux autres disciplines. Le conformisme des arts martiaux traditionnels n'a pas permis à leurs techniciens de s'adapter aux conditions réelles de la vie contemporaine et de trouver la clé d'une self-défense efficace. On impose aux pratiquants, dans les dojos les plus anciens, des mouvements totalement dépassés sous le prétexte qu'il s'agit de conserver un patrimoine culturel ancestral.

C'est ici que se situe pour moi la différence essentielle entre l'art martial et le sport de combat. Ce dernier se doit de répondre à un souci d'efficacité : il doit évoluer et s'adapter sans cesse, ce dont se moquent bien les maîtres d'arts martiaux traditionnels qui continuent imperturbablement d'enseigner la maîtrise du sabre alors qu'aucune attaque au katana n'a été à déplorer à la station Châtelet-les-Halles ! (Quant au mythe du vieil Asiatique capable de terrasser une poignée de costauds d'un seul coup, comme par enchantement, je peux dire, pour avoir beaucoup voyagé, qu'il fait bien rire... les Asiatiques eux-mêmes, à commencer par les vieux maîtres qui n'iraient pas risquer la blessure en s'attaquant à la jeunesse !)

Le monde change, la nature des attaques et le profil-type des agresseurs ne sont plus les mêmes. On a vu apparaître de nouvelles criminalités dues notamment à la dépendance à certains produits stupéfiants. De même, l'abus d'alcool chez certains jeunes est un phénomène qui a tendance à se banaliser, donnant naissance à de nouvelles violences multiformes.
Les risques sont inchangés, mais les peines encourues sont beaucoup plus élevées pour celui qui a réussi à sauver sa vie au détriment de son agresseur. On excusera plus volontiers celui qui s'en sort mal, voire très mal, quand bien même il est avéré qu'il a bien été l'agresseur, que celui qui pour se défendre a su trouver les gestes efficaces et décisifs. Pour avoir souvent connu des situations « à risques », je tenterai modestement ici de transcrire les sensations que j'ai pu ressentir dans ces moments critiques - que cette expérience puisse vous être utile.

Aujourd'hui, l'insécurité semble être la préoccupation première de nos concitoyens.
Une technique, afin d'être efficace, doit être adoptée par les personnes censées garantir la sécurité du pays et de son peuple. Elle doit devenir, à force de répétitions, une action-réflexe : c'est là le seul moyen de trouver la clé de l'efficacité instantanée. S'il existe un domaine où il faut constamment avancer, c'est bien le combat, surtout quand on est policier. On sait que la délinquance est souvent à la pointe du progrès ; pour les forces de l'ordre, la stagnation devient très vite l'antichambre de la régression. Un policier qui n'est pas préparé n'est ni plus ni moins qu'un lion sans griffes.

Vouloir être policier ou gendarme suppose de se donner les moyens de son action. Les voyous ne sont plus impressionnés, ni par la tenue, ni même par l'arme des forces de l'ordre. Il arrive un moment où seul l'usage de la force (juste et mesurée) peut porter ses fruits. Mais la formation technique ne vaut rien sans les moyens physiques et la volonté d'agir qui permettront de l'appliquer.

A bon entendeur ...

l'esprti du combat (Robert Paturel)
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